Lettre ouverte

Et si aujourd’hui, pour une fois, je racontais la vraie vie d’Au Pair ? Sans vacance, sans budget, sans vidéos, juste moi et mes petits mots. Un peu de nouvelles, parce que concrètement, dans mon quotidien, ça se passe comment avec ma famille, mes host kids, la nourriture, la voiture, les sentiments ? Sans langue de bois et mauvais secrets, je reprends les codes du blog traditionnel.

Cela fait déjà plus de six mois que je suis arrivée en Virginie, après un rematch à moins d’une semaine de Noël. Et comment vous dire que l’aventure parfaite de la jeune fille Au Pair, je l’avais un peu mise de côté. Je n’y croyais plus vraiment. On a beau croire que notre famille sera différente, qu’elle sera la bonne, les premiers jours on redescend vite sur terre. Et puis est arrivé le rematch, ce rematch que j’ai si mal vécu car la vie de jeune fille au Minnesota avait pris un départ fulgurant. Et encore aujourd’hui je me sens toujours du Minnesota. J’y suis d’ailleurs retournée, en mars, faire une surprise mémorable à l’une de mes amies. Et puis j’ai connu la Virginie. Le Sud de la Virginie et sa campagne. Moi, j’habite dans le Sud, sud. C’est à dire que je suis quasiment à la frontière de la Caroline du Nord, mais ça veut aussi dire qu’il faut dézoomé 2 fois pour voir la ville sur une carte Google. Autant dire que la voiture m’est précieuse.

Plus que de la Virginie, c’est de ma HostFamily dont j’ai fini par tomber amoureuse. Je pensais être chanceuse avec ma première famille, même si j’attendais impatiemment le week end, je me disais que de toute façon, j’étais là pour travailler. Et bien j’étais bien loin de mon quotidien actuel. Comment travailler, sans avoir l’impression d’avoir une contrainte quotidienne. Comment vivre sous le même toit que tes patrons ? Tout simplement en arrêtant de les considérer comme tels. Ma famille je les aime, parce qu’ils ont su me faire confiance, me comprendre et ne m’ont jamais jugé. Même si j’ai les cheveux en bataille, en pyjama et avec le nez qui coule. A cet instant, il n’y a rien d’autres que « je me sens comme à la maison » qui me vient en tête. C’est ma Host qui m’a soigné mon petit orteil, et c’est mon host qui m’a dit que passer le week end du 4 juillet à DC va être terrible. C’est eux qui me poussent à faire les choses et m’encouragent quand je me lance. Ils ne se sont jamais plains de moi, du moins pas que je sache. Même quand je me dis que j’ai fait quelque chose de travers, il suffit qu’ils rentrent du travail avec un grand sourire pour me faire dire que je me suis encore fait des idées. Malgré toutes mes demandes, je n’ai jamais eu de « non ». Et pourtant des règles, j’en avais pas mal. Mais il semblerait que l’on a trouvé une belle harmonie entre respect, confiance et confidences.

Mes kids sont différentes. Différentes les unes des autres, différentes de mes hosts, différentes de mes anciens host kids. Elles sont juste différentes. Trois filles de maintenant toutes 14 ans (une de novembre et des jumelles de Juin) et au comportement opposé.
Avery* est la plus grande et aussi celle avec qui j’ai eu le plus de soucis. Son problème est sa bipolarité, et il est vrai que ce n’est pas tous les jours facile, car comme tous les ados de son âge elle a des jours géniaux, comme des jours terribles. Imaginez donc ça en exagéré, multiplié. C’est donc celle qui va le plus me répondre, mais jamais de manière blessante ou personnelle.
Elle s’intéresse à Youtube, à la beauté, à la photo. Son rêve est d’aller vivre à LA. Elle a beaucoup d’envie et parfois j’ai peur qu’elle ne se donne pas les moyens de les réaliser et qu’elle ne reste que dans ses rêves. Alors moi de mon côté j’essaie de l’aider, sans vraiment qu’elle s’en rendre compte, mais à ma manière. Niveau garçon c’est complètement la folie, mais moi je ne m’en mêle pas. J’étais pas forcément mieux à son âge. C’est aussi la seule de mes kids à montrer que je lui manque quand je ne suis pas là. C’est la plus émotive. Celle qui me fait un câlin quand elle ne m’a pas vu depuis 10 jours.
Il y a aussi Kacy*, la plus grande des Twin. Celle qui a la tête sur les épaules, la plus sociable, celle qui est toujours dehors avec les voisins, des copines. En ce moment je ne la vois presque plus c’est comme si elle avait déménagé chez sa copine. C’est la seule des trois qui va me demander comment était mon week end ou mes vacances. Elle se soucie des gens, elle ne se plaint que rarement. Elle est très bordélique, je dois l’avouer. Avec sa soeur Avery, elles entretiennent une chambre proche du chaos. Kacy aime tout ce que je fais (je cuisine tous les soirs), elle est toujours enthousiaste face à ce que je peux faire. C’est la plus aventureuse.
Et enfin il y a Nyla*, la plus jeune. La première fois que je l’ai vu elle m’a regardé de haut en bas, et  a dit à sa mère « j’ai faim! ». Je me suis dit directement « bon ok, ça va être la plus compliquée, mais sur les trois il en fallait au moins bien une!« . Nyla c’est un peu un gros bébé qui mange tout le temps, qui ne fait pas attention à ceux qu’elle ne connait pas. Et puis finalement après plusieurs jours et semaines, elle a fini par s’attacher à moi. Elle ne l’avouerai pas, elle n’est pas très câlin et émotions mais je le sais. C’est elle qui le soir m’appelle et me dit « Kelly, tu viens regarder un film ? Tu viens nager ? Regardes ce que j’ai fait !« , c’est elle qui prend le temps de m’expliquer à jouer à un jeux, et qui me calme après parce que je suis une mauvaise perdante. C’est elle qui me fait le plus rire ! Parce qu’elle peut sortir des choses débiles, comme très sérieuses. Et surtout qui me fait penser à moi quand j’étais plus jeune. Elle a beau dire qu’elle ne comprend pas l’intérêt d’une au pair à leur âge et qu’elles n’ont pas besoin de moi, malheureusement pour elle, après 6 mois je sais qu’elle a fini par s’attacher à cette étrangère qui dort de l’autre côté de sa porte.

On dit qu’il y a toujours des moments difficiles avec les enfants, avec les miennes c’est le rangement. Et à part ça ? Et bien, je n’en ai pas vraiment. Et quand je profite, je profite avec elles ! La piscine, les jet ski, la musique, les vidéos, les jeux, les parcs d’attraction… Tout ça c’est avec elles ! Je voyais cette année comme une année de partage avant tout et quand j’entend l’une de mes kids chantonner une chanson française alors qu’elle ne parle pas un mot dans la langue, je me dis qu’une partie de ma mission est réussie.

Alors moi je suis leur Au Pair, celle qui dit « oui » à tout. Celle qui leur fait à manger, qui les conduit à l’école quand elles avaient la flemme de prendre le bus, celle qui joue avec elle, celle qu’elles appelaient pour faire un tour de golf kart, celle qui vient avec elle la nuit tombée pour aller jouer dans la piscine des voisins, celle qui connait leurs amis, celle qui les suit sur Instagram, youtube, et snapchat, celle qui partage mon monde français, celle qui les taquine à longueur de journée, celle qui chante tout le temps, celle qui leur propose toujours un truc. Je connais leur amis, mais elles connaissent aussi les miens.

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J’ai su trouver la famille avec qui je pouvais tout simplement être moi-même. Cette lettre ouverte à ma famille, je la traduirai et je leur lirai, à mon départ. Bourrée de vérité et de sentiments. Accompagnée d’une musique triste et d’une vidéo. Je me retrouve à être égoïste, à leur souhaiter tout le bonheur du monde avec leur prochaine au pair,  tout en souhaitant qu’elle soit bien, mais pas trop. Pas plus que moi du moins, juste assez pour qu’ils ne m’oublient pas et qu’ils se rappellent que de l’autre côté de l’Océan, il a une française qui pensera toujours à eux.

 

Et puis évidemment, il y a mes copines.

I came here and I thought « English, family, travel ». I just forgot how much friends are important. I couldn’t imagine my life here without all the people I met. ❤️

Il y a ces personnes que je n’oublierai pas, qui viennent du monde entier, qui ont le même amour que moi pour la découverte et le voyage. Qui sont marrants, extravagants, qui ne se prennent pas la tête.
Il y a Bambou, qui est aussi extraordinaire que son nom est hors du commun. Il y a Jennifer, la blonde remplie de sentiments et déconnectée. Il y a Kimi, la nouvelle extravertie indispensable au Minnesota. Il y a Meyline, mon chat, mon amour, ma moitié dans cette aventure. Il y a Emeline, celle qui me manque quand elle n’est pas là. Il y a Océane, la sudiste perfectionniste et amoureuse de ses frenchies. Il y a Céline qui m’a suivi dans cette aventure et qui m’attend aujourd’hui en France.

Et il y a tout ces autres qui ont su faire de ma vie un conte de fée, et me soutenir quand elle ne l’était pas. Alors oui, la vie Au Pair n’est pas facile tous les jours. Mais il faut savoir vivre un quotidien différent, pour vivre une vie différente. Et même si j’ai une âme de fille aventurière qui veut vivre sa vie seule à l’autre bout du monde, mes amis sont bien plus importants que je ne n’oserai jamais avouer.
Et comme disait Jimi « Je me dis qu’au final nos vrais amis se sont peut être ceux qui l’on se fait lors de ce genre d’expérience parce qu’on vit la même chose et qu’en général on voit la vie de la même manière également.« .

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*les prénoms ont été changé.

 

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3 réflexions sur “Lettre ouverte

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